1er
juillet 1690,
Louis
XIV au faîte de sa puissance
Le texte qui
suit ainsi que
d’autres
documents concernant l’histoire militaire de la France sont disponibles
sur le site
personnel de Monsieur Charlie Douville.
Bataille
de Fleurus, 1er juillet 1690, par Pierre de Ségur
M. de Gournay, pour
entrée de
jeu, s'empara du bourg de Fleurus où il jeta quelques bataillons Français
. Ensuite, se prolongeant sur la gauche, il s'établit au village de Wagnée
vis-à-vis de l'aile droite des Alliés.
M. de Rubentel en fit autant au
centre et s'étendit jusqu'à Saint-Amand . Tous deux se mirent en bataille,
dissimulant avec adresse, au moyen des plis du terrain, le peu de profondeur
des lignes et l'absence d'un corps de réserve.
Dumetz disposait en même temps
des batteries d'artillerie Française dans l'espace resté vide entre Saint-Amand
et Ligny . Il canonnât ensuite vivement ces deux châteaux, comme pour préparer
sur ce point l'attaque des troupes Françaises restées encore invisibles.
Ces mouvements s'opérèrent avec
un ordre et un calme parfait. Le prince de Waldeck, voyant en face de lui
se développer un vaste front offensif, ne douta point qu'il avait affaire à toute
l'armée Française. En conséquence, il se prépara fermement à recevoir le
choc, selon toutes les règles de l'art.
Quatre heures durant,
Waldeck demeura dans cette attente, patient, tranquille et ne soupçonnât pas que
cette inaction de l'ennemi pût cacher quelque stratagème.
Le maréchal Luxembourg, au contraire,
ne perdait pas son temps.
Ayant quitté Velaine à la même
minute que Gournay, Luxembourg avait rapidement obliqué vers la droite,
prenant la tête avec la cavalerie . Deux colonnes d'infanterie et dix pièces
d'artillerie légère le suivaient rapidement .
Le duc du Maine, le duc de Choiseul,
le Grand-Prieur de Vendôme, et quelques autres généraux composaient son état-major
et galopaient à ses côtés.
Luxembourg fila d'abord vers Boignée
. Puis de là sur le village de Ligny derrière lequel il se coula doucement,
sans éveiller l'attention de l'ennemi, se couvrant tour à tour des bouquets
de bois, des ravins, des accidents nombreux de ce terrain coupé dont les
obstacles mêmes servaient à son dessein. La hauteur des moissons fut une
circonstance favorable.
« Les blés, qui étaient fort
grands, nous aidèrent fort à dissimuler notre marche », écrit un
témoin oculaire. Le ruisseau de Ligny que l’on rencontra quelques
instants après, bien qu'assez large et profond, n'apporta que peu de
retard.
On y jeta deux ponts
légers.
Toute la colonne passa sur ces fragiles supports. Dernier homme sur l'autre
rive, Luxembourg se tourna vers son état-major et, d'un visage joyeux,
se mit à fredonner le premier vers d'un morceau d'opéra célèbre à cette époque:
« Sangaride, ce jour est un
grand jour pour moi ! »
« Cela m'a fait rire, et lui
ressemble en vérité », écrit madame de Sévigné en rapportant ce trait.
Cependant les difficultés n'étaient pas toutes encore vaincues. Les cartes
imparfaites, le peu d'exactitude des rapports des espions et les propos
des prisonniers laissaient à cette époque une large part à l'imprévu.
On s'en aperçut bien lorsqu'on
déboucha subitement devant un marécage que personne n'avait signalé et
qui n'était marqué sur aucun plan. Ce vaste espace semblait infranchissable.
Un curé, qui se trouvait là, offrit
pourtant d'indiquer un passage. « M. de Luxembourg lui promit une récompense,
si cela était, et de le faire pendre, s'il n'accusait pas juste. La chose
se trouva comme le curé avait dit et les troupes passèrent ».
Ce long chemin avait amené les
troupes Françaises derrière le flanc gauche de l'ennemi . On touchait à la
grande chaussée qui va de Bruxelles à Namur, au point nommé les Trois-Burettes.
Là, se jugeant à hauteur
suffisante,
le maréchal Luxembourg vira de direction et se rabattit sur l'armée des
Alliés pour la prendre à revers. Le premier poste Hollandais, auquel l’on
se heurta, se trouvait au bourg de Wagnelée. Il fut surpris et enlevé,
sans coup férir, par notre escadron d'avant-garde. On s'établit alors
dans le village et l'on y fit halte un moment, le temps de prendre haleine
et de former les colonnes d'attaque Françaises.
Ce n'est qu'alors que le prince
de Waldeck apprit, par l’intermédiaire de ses fuyards, ce qui se
passait sur son flanc et s'aperçut du piège où l'avait mené son habile
adversaire.
Le vieux soldat
Allemand fit preuve d'un grand sang-froid. Il fit pivoter son aile gauche
et l'opposa rapidement à la
charge imminente. L'armée Alliée se trouva donc coupée en deux fractions égales
qui se tournaient réciproquement le dos.
Le danger d'une
telle volte-face était
de dégarnir les lignes de défenses opposées à l'attaque de front. C'était
bien le mouvement qu'attendait Luxembourg, dès qu'il le vit accompli, il
vint dire au duc de Maine : “ Waldeck est battu ! ”. Par
la suite Luxembourg donna le signal convenu pour l'assaut général. Midi
sonnait quand les forces Françaises commencèrent à s’avancer partout à la
fois.
L'aile où se trouvait Luxembourg
engagea l'action la première. Il dirigea lui-même la charge; l'élan qu'il
lui donna fut tel que rien ne put y résister.
La cavalerie ennemie d'abord,
puis l'infanterie ennemie ensuite, furent rompues, bousculées, dispersées
en désordre par la cavalerie Française. Les Alliés abandonnèrent leurs
canons dont nous nous emparâmes . Les fuyards se jetèrent dans la plaine,
poussés l'épée aux reins par d'Artagnan (*). Suivant les instructions reçues,
celui-ci s'avançait vers Saint-Amand, au devant de la division de M. de
Rubentel. Le succès sur ce point fut facile et complet.
Il n’en fut pas de même à l'aile
gauche et au centre.
M. de Gournay, au moment indiqué,
avait franchi le ruisseau de Fleurus avec sa cavalerie tandis que Rubentel
appuyait le mouvement avec deux brigades d'infanterie Française .
Ils gagnèrent d'abord du terrain
mais le malheur voulut que, dès les premières charges, M. de Gournay fût
tué et que ses deux maréchaux de camp, MM. de Vivans et de Ximénès, tombassent
aussi très grièvement blessés.
Presque à la même minute M. Dametz,
commandant notre artillerie, fut frappé à mort. Nos troupes, que ces coups
répétés laissaient presque sans chefs, ralentirent leur élan, s'arrêtèrent
ensuite et reculèrent dans un certain désordre.
Toute la ligne Française flotta
pendant quelques instants. Quatre de nos canons furent pris et des partisans
Hollandais, sans attendre la suite de la bataille, coururent à Liège annoncer
la victoire. Ce bruit y fut si répandu qu'on y chanta le Te Deum, marque
de joie prématurée comme on eut promptement la preuve.
Waldeck, victorieux au centre
mais voyant sa gauche en déroute, n' osa pousser plus avant son succès.
Il suspendit l'élan offensif de ses troupes et détacha quelques bataillons
pour s’opposer à Luxembourg.
Cette prudence lui
fut fatale.
M. de Tilladet, prenant le commandement à la place de Gournay, avait arrêté la
retraite de nos fuyards et des régiments Français, conservés en réserve,
commençaient à renforcer notre ligne. Les soldats Français, raffermis,
brûlaient du désir de venger l'échec de tout à l'heure et la mort de leurs
chefs.
Un retour vigoureux
les ramenât
aussitôt vers les positions Hollandaises. Les soldats Français escaladèrent
dès lors les hauteurs sous un feu meurtrier (les mousquets de l'ennemi,
très supérieurs aux nôtres, tiraient cinq coups contre trois du côté français)
puis réussirent à reprendre d’assaut tous les canons perdus .
Les Français s’emparèrent également
de six canons Alliés et les tournèrent immédiatement contre les Hollandais. Ces
pièces crachèrent un feu qui prit de longues files en écharpe et
fit de grands ravages dans les rangs ennemis.
Luxembourg, sur
ces entrefaites,
poursuivant sa course impétueuse, débouchât vers Wagnée et chassât devant soi
une cohue de chevaux et de fantassins ennemis.
Les deux corps de
l'armée Française
se rejoignirent et se donnèrent la main afin d‘attaquer promptement
le centre des Alliés. Le tourbillon des combattants roulait maintenant
dans la vaste plaine de Fleurus où s'engageait toute une série de petits
combats isolés, d'une furieuse violence, au corps à corps avec toutes sortes
d‘armes blanches. Français et Hollandais y déployaient une vaillance égale,
les premiers cependant ayant constamment l’avantage.
“ Le Grand-Prieur de
Vendôme, écrit quelques jours plus tard la duchesse d'Orléans, m'a conté que
jamais de sa vie il n'avait eu si chaud ! “
Je n'entreprendrai
pas de noter
les péripéties de cette phase de la lutte. Les lettres et les relations
du temps abondent en détails héroïques. Quand les soldats Français, sur
un point, avaient mis l'ennemi en déroute, de nouvelles troupes Alliés
surgissaient soudainement. Celles-ci revenaient à la charge et il fallait
encore que les Français les dispersent aux prix des plus sanglants efforts.
Quelques bataillons
Hollandais,
(en tout, trois ou quatre mille hommes) isolés du gros de l'armée, donnèrent
surtout un rare exemple d'intrépidité et de sang-froid. Sans instructions,
presque sans chefs, perdus dans un coin de la plaine, ils s'assemblèrent
spontanément, se formèrent en carré et firent «un feu épouvantable».
Un aide de camp de Luxembourg,
M. de Ricous, fit amener une demi-douzaine de canons que l’on mit
en batterie « à cent pas ». On tira sur eux à mitraille et presque à bout
portant :
“ Il n'y eut pas un coup
qui ne portât, écrit le maréchal Luxembourg. Quand un coup leur avait
emporté une file, ces gens-là se resserraient comme si de rien n'était. »
Un trompette puis un tambour,
tour à tour envoyés, les sommèrent vainement de se rendre. « A la fin,
M. de Chépy, qui était auprès de moi, partit à toute bride, disant: « Je
vais leur parler. » Il vint dire aux Hollandais qu'ils étaient enveloppés
de toutes parts, que j'étais là et que je leur donnerais bon quartier.”
Les braves Hollandais lui répondirent
: « Retirez-vous ; nous n'en voulons point; nous sommes assez forts
pour nous défendre. »
Cette réponse, rapportée au général
en chef Français, lui arracha un cri d'admiration: « Avec une pareille
infanterie et la cavalerie Française, j'entreprendrais la conquête de l'univers
! »
On ne put réduire
ces vaillants
Hollandais que par des charges répétées de la part de la cavalerie Française.
La plupart des Hollandais se firent massacrer, quelques pelotons parvinrent à s'échapper à la
faveur des bois de Saint-Amand.
A 3 h de l'après-midi,
la journée semblait terminée. On ne voyait dans toutes les directions que
des bandes ennemies en retraite. Luxembourg, impatient d'engager la poursuite,
s'activait fiévreusement à remettre un peu d'ordre dans sa cavalerie dispersée.
D'un bout à l'autre
du champ de
bataille, les colonels Français ralliaient leurs escadrons. Les régiments
Français, à peine recomposés, se formaient en colonnes. Au fort de cette
besogne, le duc du Maine, accourant à bride abattue, apporta des nouvelles
qui étonnèrent grandement, comme il l'avoue lui-même, le général en chef.
« J'ai vu bien d'autres batailles, écrit-il,
mais jamais, en pas une, ce que j'ai trouvé en celle-ci ! »
Le vieux prince de Waldeck, dont
la tête était lente mais le cœur ferme et haut, était bien loin de
se laisser troubler par la tactique foudroyante de son adversaire et recourait
vaillamment aux meilleures traditions classiques.
Derrière les bois
de Saint-Amand
se trouvait son corps de réserve. Waldeck résolut alors de s'en servir
pour tenter un dernier effort et peut-être, qui sait changer la face
des événements. Dans la plaine à demi déserte, on vit tout à coup déboucher
une grosse colonne d’Hollandais, bloc compact et serré de seize ou
dix-huit bataillons flanqués de quelques cavaleries.
Et voilà que, comme par miracle
et de tous les points de l'horizon, se rassemblèrent à flots pressés, vers
ce centre de ralliement, les débris tout à l'heure épars de l'armée Alliée
en déroute .
Cette poussière
vivante s'agglutine. Les volées de fuyards s'arrêtèrent et retournèrent sur
leurs pas . Les
blessés se redressèrent et ressaisirent leurs armes. Grossie de cet appoint,
la lourde masse ennemie avança d'un mouvement régulier et déborda dans
la plaine. Et la nécessité s'imposait, un quart d’heure après la
victoire, de livrer une bataille nouvelle.
Luxembourg, à cette
heure, n'avait
guère sous la main que des forces de cavalerie. Trois fois il les lança à l'assaut
de cette citadelle. Trois fois les escadrons Français abordèrent, sabre
en main, une muraille hérissée de mousquets et de piques. Ils l'ébranlèrent
mais sans réussir à la rompre. Le duc du Maine était à la tête de ces charges,
il se comporta bravement et y “courut grand risque“.
Son premier gentilhomme,
deux de ses aides de camp et plusieurs de ses gardes furent tués à ses côtés.
Il était prêt à recommencer mais le maréchal Luxembourg l’arrêta
.
En effet les attaques Françaises,
bien qu'en apparence infructueuses, avaient eu pour effet de contraindre
Waldeck à suspendre sa marche.
Ses bataillons Hollandais,
formés à présent
en carré, se tenaient immobiles et attendaient de pied ferme. Luxembourg
usa du répit pour disposer toutes choses en vue d'un assaut général. La
cavalerie Française étant insuffisante, Luxembourg fit appel à l'infanterie
Française que l'on manda en hâte par des exprès lancés dans toutes les
directions.
Le duc de La Roche-Guyon arriva
le premier, suivi de quatre bataillons. Si vive avait été leur course qu'en
atteignant au rendez-vous la respiration leur manqua.
" Après
un moment pour reprendre haleine, rapporte Luxembourg, il me dit : Si
vous le
trouvez bon, nous battrons ces gens-là. Mais
je lui défendis d'attaquer
jusqu'à ce que j'eusse mis des bataillons à sa droite, dont il ne fallait
pas moins de quinze pour que notre ligne fût égale à celle des ennemis,
au delà des quatre de M. de La Roche-Guyon. "
L'attente ne fut pas longue. Une
fois que les bataillons Français et les canons furent mis ligne et en batterie,
Luxembourg fit ouvrir le feu contre ce carré Hollandais si opiniâtre. Une
grêle de balles et de mitraille foudroya les Hollandais pendant quelques
minutes. Sitôt qu'il les vit entamés, Luxembourg les fit charger sur trois
faces en même temps.
Cette fois les Hollandais
plièrent
mais reculèrent lentement et en bel ordre. Dans leur retraite ils prenaient
le temps de s'arrêter encore par instants pour esquisser une résistance
puis ils reprenaient la marche en retraite. Les deux tiers des Hollandais à peu
près purent gagner les bois de Mellet. Comme les Hollandais s'y engageaient,
le maréchal Luxembourg interdit qu'on franchit la lisière pour les poursuivre
plus en avant.
Nos soldats Français,
enflammés
d'ardeur, firent entendre quelques murmures. Il fallut pour les apaiser
que Luxembourg expliquât lui-même ses motifs :
« Luxembourg nous dit, raconte
un témoin de cette scène, que, d'une belle et glorieuse journée, il n'en
voulait pas faire une mauvaise, que les troupes avaient souffert et qu'il
savait, à n'en pas douter, que M. de Vaudemont allait rejoindre M. de
Waldeck avec quatre mille chevaux frais, et qu'il fallait avant tout
penser à enlever les postes qui restaient. »
Un beau dédommagement allait consoler
les vainqueurs de ce léger mécompte. Une importante fraction de l'armée
Hollandaise cherchait à s'esquiver par le chemin de Charleroi.
Comme les Hollandais
touchaient déjà l'ermitage de Saint-Fiacre, ils trouvèrent devant eux Luxembourg et
ses escadrons Français qui leur barraient la route.
“ J'eus l'honneur de
parler à M. le maréchal, rapporte en cet endroit le sieur de La Reinterie,
et de lui dire qu'il prît garde de ne point passer entre les ennemis
et nous, et je lui montrai le canon qu'ils avaient mis à leur centre.”
“ Il me dit : “ Il
n'y restera pas longtemps, car, dès que j'aurai vu la gauche, je les
ferai charger.“ Ce qu'il fit effectivement, et nous les enfonçâmes
si bien, que nous en fîmes un grand carnage. »
A ce moment survint un détachement
de l'infanterie Française du Roy qui, devant ce nouveau succès, « jeta
ses chapeaux en l'air et cria : “ Vive le Roy ! » . Les
Hollandais, cernés de tous côtés et sans espoir de salut, répondirent à ce
cri par une acclamation semblable « Vive le Roy de France! » et
mirent aussitôt bas les armes .
Six
heures sonnaient lorsque s'acheva ce dernier épisode. Luxembourg griffonna
vivement quelques lignes au Roy pour lui annoncer sa victoire, puis il
manda le Grand-Prieur et le fit partir pour Versailles afin de porter
cet heureux message.
L’armée
Française passa la nuit sur le champ du matin jusqu’à sept heures
du soir, les hommes n’ayant cessé de marcher ou combattre. “ On
se coucha parmi les morts et les mourants, lit-on dans une des relations. Ce
séjour, quoique peu agréable en soi, est toujours doux aux vainqueurs
.”
La
journée de Fleurus fut la plus belle peut-être et la plus enivrante de
celles que vécut Luxembourg . Jamais avec plus d’évidence n’éclatèrent
son génie, son instinct puissant de la guerre. Nulle victoire ne fut
d’avantage l’œuvre directe et personnelle d’un
chef .
« En
cette occasion, écrit le marquis de Feuquières, ce grand capitaine
a capablement pensé avant de marcher à l'ennemi; il a jugé avec une
justesse infinie du temps qu'il lui fallait pour se mettre en état
d'exécuter ce qu'il avait pensé, et il l'a exécuté avec une vivacité qui
n'a pas laissé à son ennemi le temps de remédier au coup qu'il lui
portait. »
Ce
témoignage d'un connaisseur, tous les combattants Français de Fleurus
le confirment unanimement. De ce jour, il conquit dans les rangs de l'armée
une popularité vraiment extraordinaire. «Quand il est là, chacun de
nous en vaut deux», fut parmi les soldats une locution courante.
Même note dans le corps d'officiers.
Dans
le régiment de Touraine, qui avait spécialement souffert, les capitaines
dissimulèrent l'étendue de leurs pertes, par peur d'être envoyés se refaire
dans d'autres quartiers et sous les ordres d'un autre chef. « Comme
nous voulions, écrit l'un d'eux, finir la campagne sous cet illustre
général, nous ne nous plaignîmes jamais, et nous dîmes toujours que nous étions
en état. » Tous les soldats Français, en effet, se croyaient invincibles
sous le commandement du duc de Luxembourg. Lui-même prenait soin d'entretenir
cette croyance.
Quelques
semaines après Fleurus, comme quelqu'un revenait sur la témérité dont
Luxembourg avait fait preuve : “ C'est que j'avais là, dit Luxembourg
en frappant sur sa bosse, un corps de quarante mille hommes de réserve,
que l'ennemi ne connaissait pas .”
Le
public partageait l'engouement de l'armée Française. L'événement fut
salué, d'un bout à l'autre de la France, d'acclamations joyeuses. « Par
toute la France, lit-on dans le Mercure, on fit des feux de joie et on
tira des feux d'artifice ». Chez un peuple imaginatif et impressionnable à l'excès,
une telle victoire fut prise comme la revanche des inquiétudes et des
humiliations de l'année précédente et le retour de «l'astre du Roi» momentanément
obscurci.
La
confiance ébranlée se raffermit d'un seul coup dans les cœurs, confiance
si nécessaire dans une lutte inégale où nous ne pouvions nous soutenir
que par des avantages constamment renouvelés. « Cette bataille si
heureusement gagnée, observe le marquis de la Fare, a été la source de
tous les autres bons succès qu’a eus la France pendant que dura
cette guerre.»
Il
est certain que survenant au lendemain d'une série d'échecs et au début
d'une nouvelle campagne, la victoire de Fleurus eut le mérite rare et
précieux d'un parfait à-propos.
Les
armées Françaises et Alliés étaient fortes chacune de 40 000 hommes, 80
000 hommes se sont donc combattu sur les plaines de Fleurus. Les pertes
des Alliés furent de 9000 tués où blessés et 5000 prisonniers. Les pertes
des Français se montèrent à 3000 tués et blessés.
Une
grande quantité de drapeaux et d’étendards Alliés furent capturés
par les français .
“ Tu
viens de combattre en soldat;
Tu
viens de vaincre en capitaine .
Tu
fais plus, Luxembourg : par ce fameux combat,
Tu
consoles Louis de la mort de Turenne .”
(*) Le
d'Artagnan dont il est question ici n'est pas celui ayant servi de
modèle à Alexandre
Dumas. Il s'agit en fait de son fils, Louis 1er de Batz Castelmore Comte
d'Artagnan. Le "vrai" d'Artagnan est mort en 1683, d'une balle dans
la
gorge, lors du siège de Maastricht.
De
manière assez étonnante, un autre personnage évoqué
dans "les
3 mousquetaires" a "également" combattu et est décédé à
l'issue
de la bataille de Fleurus.
Claude
de Jussac d'Ambleville né vers 1620, dit JUSSAC,
fut blessé à mort
lors de la bataille en faisant au duc du Maine un rempart de son corps.
Il décéda le
8 juillet 1690.
Nous
tenons à remercier nos amis des Archives de Boignée pour la mise à
disposition de la première et de la dernière carte présentées
sur
cette page.
|