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La guerre de trente ans (1618-1648)

A la fois religieuse et politique, la guerre de Trente ans a des origines multiples.

Même si la première fut l’opposition politique et religieuse entre catholiques et protestants luthériens ou calvinistes, d’autres facteurs entrèrent en ligne de compte ; tentations hégémoniques ou d’indépendance, rivalités commerciales, rivalités ou ambitions personnelles y trouvèrent un exutoire.

La situation du temps est en fait fort complexe.

À la suite de la prédication de Martin Luther, la Réforme s’est répandue rapidement. De nombreuses principautés allemandes ont adoptés le protestantisme divisant l’Empire en deux camps opposés.
La Contre-réforme, dirigée par la maison de Habsbourg a pour ambition de regagner au catholicisme le terrain perdu.

Toutefois, depuis 1555, la paix d’Augsbourg accordée par l’Empereur Charles Quint peu de temps avant qu’il n’abdique ses différentes couronnes, a instauré une paix fragile entre les partis en présence.

Les termes de cette paix sont extrêmement avantageux pour la nouvelle religion.


En effet, elle stipule non seulement que  les princes allemands, dont 360 d’entre eux se sont convertis, seront libres de choisir la confession, catholique ou luthérienne, de leurs territoires, selon leur conviction («Cujus regio, ejus religio», «tel prince, telle religion»), mais qu’en plus les territoires conquis sur les catholiques depuis la paix de Passau en 1552, leurs seront garantis.

Les luthériens habitants dans des principautés ecclésiastiques et dépendants donc d’un évêque catholique pourront conserver leur foi quant aux catholiques le désirant, ils seront autorisés à quitter les territoires devenus protestants.

Seule restriction à ces libertés accordées, les évêques et archevêques de l’Église catholique qui se sont convertis au luthéranisme devront abandonner leurs évêchés et archevêchés.

Rapidement, les tensions religieuses reprennent le dessus dès la seconde moitié  du XVIe siècle.
Le point de départ de cette nouvelle tension tient au non respect de l’une des clauses de la paix d’Augsbourg. Certains évêques convertis n’ont pas renoncé à leurs évêchés.

Par ailleurs, le calvinisme, inspiré par le penseur Français Jean Calvin exilé en Suisse à Genève, se propage en Allemagne, ajoutant une nouvelle religion au tableau, alors même que les catholiques d'Europe orientale, Polonais et Autrichiens, souhaitant restaurer la primauté de leur religion se montrent de plus en revendicatif.

Les tensions politiques et économiques s’accroissent dès lors rapidement entre les puissances européennes et leurs familles régnantes dès le début du XVIIe siècle.

Ainsi, depuis l’abdication de Charles Quint, les couronnes d’Autriche et d’Espagne sont à nouveau divisées entre deux branches de la famille des Habsbourg.

Philippe III de Habsbourg, roi d’Espagne, que l’on pourrait imaginer loin des problèmes allemands se doit de s’intéresser avec attention à ceux-ci.

En effet, il possède des territoires bordant à l’ouest, certains États allemands. Territoires dont l’importance stratégique est de plus en plus primordiale.

Un conflit indépendant, la Guerre de Quatre-Vingts Ans entre l’Espagne et les Provinces-Unies protestantes, nécessite d’expédier vers les Pays-Bas les armées espagnoles, alliées de l’Empire.
Or, depuis la déroute de l’Invincible Armada, l’Espagne ne dispose plus de la suprématie sur les mers.
Le passage maritime de l’Océan Atlantique par la Manche vers la Mer du Nord est désormais trop risqué.
Le moyen le plus sûr pour faire passer les troupes espagnoles de la péninsule ibérique vers le lieu des affrontements est donc une route passant par la Méditerranée, Gênes, le Milanais, les cols alpins de la Valteline et la vallée du Rhin.

En ce qui concerne la situation des Habsbourg d’Autriche, elle n’est guère plus simple.
Les empereurs Rodolphe II puis Matthias Ier qui ont succédés à Charles Quint  veulent avant tout accroître leur main mise sur les principautés allemandes.

Tant par nécessité que par intérêt ou justice, ils sont donc parfois prêts à coopérer avec les protestants et peuvent même se montrer très tolérants.

Cette attitude a un effet double. D’une part, elle favorise l’expansion des nouvelles religions mais contribue également à multiplier les causes de querelles y compris parmi par leurs partisans.

 

Qui plus est, l’empereur Matthias Ier est sans descendance.
Le problème de sa succession et de la conservation du titre impérial aux Habsbourg est d’actualité.
La volonté de Matthias est que le trône revienne à son cousin germain Ferdinand de Styrie dont les chances d’accéder au trône impérial sont pourtant minces.

La seule solution offerte à Matthias est d’obtenir l’intégration de Ferdinand dans le collège des sept princes-électeurs qui seront amenés à son décès à désigner son successeur.
En 1617, Matthias renonce à son titre de roi de Bohême et Ferdinand de Habsbourg lui succède avec la perspective de pouvoir ainsi accéder à la dignité impériale à la mort de Matthias.

Or, le titre de roi de Bohême est un titre électif bien qu’il soit habituellement dévolu à un Habsbourg.

Le choix de Matthias entre donc en conflit avec les prérogatives obtenues de Rodolphe II par les Tchèques, leur assurant une certaine autonomie et des garanties concernant la liberté religieuse.

Plutôt que de tenter d’apaiser ses nouveaux sujets sur ses intentions, Ferdinand II, catholique zélé éduqué chez les Jésuites, veut voir revenir la Bohême, largement protestante, dans le giron de l’Église catholique et s’y emploie.

La situation se détériorant, une négociation est organisée le 23 mai1618 au palais de Hradschin à Prague, les Défenseurs de la Foi rencontrent deux émissaires de Ferdinand, roi de Bohème et depuis peu de Hongrie.

La rencontre se termine mal, les représentants de Ferdinand sont passés par la fenêtre sans être sérieusement blessés car ils tombent sur un tas d’ordures.
Cet évènement plus cocasse que dramatique est appelé la défenestration de Prague et est considéré comme le début de la Guerre des Trente Ans, même si les hostilités ne débuteront que plus tard.

Deux événements presque concomitants vont terminer de dégrader la situation.

Le 20 mars 1619, l’empereur Matthias meurt alors même que les Tchèques déposent Ferdinand II (19 août) et élisent, le 26 août, l’électeur palatin et ardent calviniste Frédéric V.

Or, le 28 août 1619 a lieu à Francfort l’élection impériale.


Un roi protestant à la tête de la Bohême signifie une majorité d’électeurs du Saint-Empire acquise au protestantisme.
Soit le Brandebourg, la Saxe, le Palatinat et la Bohême contre les trois princes-évêques de Cologne, Mayence et Trèves, ce qui serait un bouleversement considérable.

Mais la nouvelle de l'élection de Frédéric V en Bohême n'est pas parvenue en temps utiles à Francfort et Ferdinand II est élu à la dignité impériale.

Fort de sa nouvelle position, pour retrouver son trône, Ferdinand réunit une coalition, la Ligue catholique.

Celle-ci regroupe l'Espagne, l'Électeur protestant Jean-Georges Ier de Saxe, le roi Sigismond III de Pologne et Maximilien Ier de Bavière.
Ses armées sont commandées par Jean t'Serclaes, comte de Tilly.

C’est à ce moment qu’un nouveau « soliste » fait son apparition dans la partition.
Louis XIII, roi de France, souhaite aider l’Empereur Ferdinand II.

Malgré la rivalité des deux familles, ils ont en commun l’idéal monarchique, le désir de conforter le catholicisme contre les protestants et les turcs, toujours menaçants à l’Est.
La France offre donc sa médiation, concrétisée à Ulm en juillet 1620 par une trêve entre catholiques et luthériens.
La Bohême calviniste n’est donc pas concernée, et les armées catholiques peuvent l’attaquer librement.

Après une première défaite sans conséquences, Tilly et Bucquoy écrasent les révoltés de Bohême à la bataille de la Montagne Blanche (Bila Hora) près de Prague le 8 novembre1620. Leur déroute est complète et la reprise en main de la Bohême très énergique.

Dès lors, la Bohême deviendra propriété personnelle des Habsbourg et perdra tout statut autonome.
Le 13 novembre, les États de Bohême reconnaissent de nouveau Ferdinand comme roi.
Celui-ci, pour écraser une fois pour toute la rébellion, fait décapiter publiquement à Prague, le 21 juin1621, 27 des principaux chefs insurgés.

Dans les faits Frédéric V ne s’est guère montré plus habile avec ses sujets que son prédécesseur. Il a très vite mécontenté par sa méconnaissance du pays et son calvinisme intransigeant.
Abandonné par les puissances étrangères et l'Union Protestante, Frédéric V, avec peu de moyens financiers et humains ne sera pas parvenu à contenir les armées de Ferdinand et après sa défaite du 8 novembre 1620, soit un an et 4 jours après son couronnement, il devra fuir.
Il en héritera le sobriquet de « roi d'un hiver » (Winterkönig).

Mais l’homme ne renonce pas si facilement, après deux années de désillusion, Frédéric V, décidé à reconquérir son trône réussit à convaincre ses alliés de le financer pour lever une nouvelle armée.
En effet, durant l’année 1621, la situation du parti protestant tant dans l’empire que dans les Pays-Bas s’est fortement dégradée.

Après le rappel à Madrid d’Ambrosio Spinola, suite au décès de Philippe III, un nouveau Mestre de camps Général des troupes espagnoles dans les Pays-Bas a été désigné.

On sait peu de chose de ce Don Gonzalo Fernandez de Cordoba (Cordoue), Prince de Maratra dont même les représentations semblent extrêmement rares.

Né en 1585, il est l’homonyme d’un grand général espagnol ayant vécu un siècle plus tôt sans que nous sachions s’il existe un lien de parenté entre les deux hommes.
Nous ne savons rien non plus de sa carrière avant son arrivée dans le conflit, mais son action, dès qu’il apparaît, aggrave la situation du parti protestant.
S’étant vu confié la responsabilité des troupes espagnoles en guerre dans le palatinat rhénan, il prend les villes de Bensheim, Heppenheim et Weinheim en Hesse et affronte des corps francs (mercenaires) anglais lors des sièges de Mannheim et Frankenthal dans la vallée du Rhin.

Même si cette seconde bataille est un demi-échec, la ville elle-même n’ayant pu être prise, l’ensemble de sa campagne de 1621 lui permet malgré tout de prendre le contrôle de la « route des montagnes (Bergstrabe)», voie de communication fondamentale pour le passage des troupes espagnoles en direction des Pays-Bas, le long de la rive gauche du Rhin.

C’est lors de la lutte devant Frankenthal que les routes de Cordoba et Ernst de Mansfeld vont se croiser, indirectement, pour la première fois.

En 1621, Frédéric V a réussi à remettre sur pied 3 armées. S’il lui sera impossible désormais de récupérer la couronne de Bohème. L’ex-roi pense encore pouvoir reprendre le Palatinat.

De ces trois armées, l’une commandée par le Margrave de Bade-Durlach, la seconde par Christian de Brunswick, la dernière est aux ordres de Ernst de Mansfeld.
Le tout met à sa disposition entre 40 et 50000 hommes de troupes dont une grande part de mercenaires.

Les hostilités reprennent au printemps 1622.

Mansfeld, en compagnie de Frédéric V qui l'a rejoint, émerge des forêts du Haut-Palatinat où il s’était replié poursuivi par  Tilly.

Il libère Frankenthal de son siège et prend Haguenau puis inflige sa seule défaite au comte de Tilly à la bataille de Wiesloch le 25 avril 1622.
Tilly, battu mais pas défait, réussit à faire jonction avec les forces de Cordoba.
Le 6 mai à Wimpfen sur le Neckar, les espagnols rencontrent les troupes de  Bade-Durlach. Il s’en suit une boucherie qui se termine parla destruction totale de l’armée protestante de Bade-Durlach qui est obligé de se réfugier à Genève.

Dans la foulée Tilly et Cordoba se tournent vers les deux armées protestantes restantes pour empêcher leur jonction.

Le commandant en chef de l’une de ces armées, Christian de Brunswick est parti en juin 1622, à la tête d'environ 15 000 hommes de la région des évêchés de Westphalie vers celle de la Hesse-Darmstadt pour y faire sa jonction avec les forces du comte Ernst von Mansfeld.

Les troupes de Christian sont en train de traverser le Main aux environs de Höchst grâce à un pont de fortune quand, le 20 juin, l’armée catholique venue du sud les surprend.
L'armée de Christian de Brunswick réussit à repousser plusieurs attaques des catholiques mais pendant l'affrontement, la panique gagne parmi les hommes qui se trouvent sur le pont.

De nombreux soldats tombent dans le Main et s’y noient cependant que Christian de Brunswick parvient à s'échapper avec sa cavalerie pour rejoindre Mansfeld.


Il ne reste pratiquement rien de l'infanterie protestante, ni du train ou de l'artillerie qui tombe toute entière aux mains de Tilly.
Mais Christian de Brunswick a réussi, tout au moins, à sauver sa cavalerie et, sans doute plus important à ses yeux, son trésor de guerre.

Pendant ce temps, Mansfeld a poursuivi sa route ; s’attaquant à la Hesse, il a ensuite pillé l'Alsace.
Le plus dramatique, s’il est imaginable qu’il puisse y avoir une gradation dans l’horreur, est que les ravages des troupes menées par Mansfeld ne se limitent pas aux contrées ennemies. Ils s'exercent aussi au détriment des régions dont il doit assurer la défense.

Incapable de le soutenir plus longtemps, Frédéric V est contraint de le licencier ainsi que ses troupes. Mis au ban de l'Empire, démis de tous ses titres et dépouillé de ses possessions par décret impérial, Frédéric V est contraint à un exil définitif.
Sa femme et lui, depuis leur exil de La Haye, ne pourront qu'assister, impuissants, à l'occupation du Palatinat par les troupes de Maximilien Ier de Bavière qui a reçu ces terres ainsi que la dignité électorale en remerciement des services rendus aux Habsbourg (1623). Frédéric mourra à Mayence le 29 novembre1632.



Alors que se règle définitivement le destin de FrédéricV, Spinola, sur les ordres du nouveau roi Philippe IV, a quitté Madrid pour rejoindre les Pays-Bas espagnols.
Philippe IV, qui n’a que seize ans, a pour conseiller le comte-duc d’Olivares, catholique très zélé.

Celui-ci, véritable responsable des affaires, est partisan convaincu d’une collaboration étroite avec les Habsbourg d’Autriche et entend utiliser la puissance espagnole en ce sens, plus particulièrement dans les Pays-Bas où Spinola a pour instruction de relancer la guerre.
Car dans cette région également, la situation est en passe d’évoluer.

Pour le comprendre, il nous faut faire un léger retour dans le passé.
En compensation et à l’occasion de son mariage en 1599 avec son cousin le cardinal Albert de Habsbourg, l’infante Isabelle d'Espagne a reçu en dot le gouvernement des Pays-Bas ainsi que les comtés de Bourgogne et de Charolais.

Mais, si elle n'a pas d’enfant, les clauses du contrat précisent qu'à la mort d’un des deux époux, la couronne des Flandres retournera à l’Espagne.

Or, en 1621, Albert meurt sans laisser de descendance.
Dès lors, Isabelle n’assurera plus que la fonction de "gouvernante générale". La disparition de cette grande dame du devant de la scène va permettre de dénoncer une paix qui dure depuis 12 ans.

Le conflit va donc peu à peu se réactiver et la bataille de Fleurus va être l'une des conséquences de cette nouvelle flambée de violence dans nos régions.

La mort d'Isabelle en 1633, mettra définitivement fin pour la "Belgique" à une période d’essor et de calme.
Il faudra attendre 1648 et la fin de la guerre de trente ans pour que la guerre civile s’éteigne et que la paix revienne.

La conséquence la plus importante de cette guerre fut un affaiblissement considérable de l’Empire allemand. Les états allemands y perdirent la moitié de leur population et cela ruina pour près de deux cents ans sa puissance politique, permettant à la France de prendre la position de première puissance continentale.

 

Ce texte a été composé au départ des articles disponibles sur le site wikipedia auquel la plupart des liens internes renvoient.

 

 

 
 
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