1ère partie :
de
sa naissance au 100 jours
2ème partie :
le retour de l’aigle
3ème Napoléon, Empereur des Français
4ème partie, de lourds nuages
5ème partie, la situation belge
au printemps 1815
6ème partie, l’acte d’allégeance
7ème partie, ouverture de la
campagne
8ème partie, l’armée française
de juin 1815 |
9ème partie,
l’entrée en campagne
10ème partie, « la marche
de l’Empereur »
11ème partie, après-midi du
15 juin
12ème partie, le 15 juin au
soir
13ème partie, la matinée du
16 juin
14ème partie, avant le combat
15ème partie, la bataille
16ème partie,
le charnier |
Les
premier et second chapitres de cette section ont, en partie, été adaptés
du remarquable texte de Jacques L'Azou disponible sur le site
www.napoleon1er.com
Napoléon...
Tout
le monde en connait " un peu" de son histoire...
Partout sur cette planète, son chapeau, sa redingote, ont rendu sa silhouette
familière.
Bien plus, et cela n’a d’ailleurs rien de surprenant, que les traits de son
visage.
Mais
que sait-on véritablement de l'homme ?
Peu et beaucoup tout à la fois.
«Cet homme étrange a comme enivré le monde... » a dit de lui Victor Hugo.
Une
chose est sûre, Napoléon n'aurait pas assez de toute une vie pour lire
tous les ouvrages écrits sur lui.
Et c'est
sans compter les innombrables gravures, tableaux, images d'Epinal, statues,
figurines, pièces de théâtre, opéra, les films et autres feuilletons télévisés.
Ignoré le million de Français englouti durant les guerres de l'Empire.
Oubliés les massacres en Calabre, au Tyrol, en Espagne.
Oubliées les deux invasions du territoire français, l'épopée reste et la l'histoire
devient mythe.
 |
On
sait de lui que sa mère, Letizia Ramolino, en fut très rapidement «délivrée»,
alors qu'elle se préparait à aller célébrer l’Assomption à la
cathédrale d'Ajaccio, le 15 août 1769.
Il
est le 4ème enfant et le deuxième fils de Charles
Marie Bonaparte, issu d’une vieille famille de petite noblesse
pauvre.
|
Le père
du futur Empereur est un ami et un soutien de Paoli. Celui-ci a débarrassé,
juste à temps, la Corse du joug de Gênes pour que Louis XV «rachète» l'île
et que Napoléon naisse Français.
La
carrière de Napoléon ne peut être entièrement expliquée tant il y eut
des hasards heureux ou malheureux.
On peut
au mieux l'interpréter comme la conjonction d'une forme de génie et de
circonstances extraordinaires dues à l'époque. Le plus surprenant
est que trahi par tous et se sachant trahi, Napoléon, comme guidé par
une force qui le dépasse, parvienne à s'imposer tant à la
France qu'au monde.
Sans doute jamais, homme aussi puissant n'aura été aussi trompé, par ses femmes,
par ses frères et soeurs, par ses ministres et ses maréchaux.
Tout
commence avec une bourse royale qui lui permet de faire son éducation
militaire à Brienne (Aube) et puis Paris dont il sort avec le grade de
lieutenant en second d'artillerie.
En
1785, en garnison à Valence, le lieutenant Buonaparte va dévorer
la librairie Aurel de la Maison des Têtes. Il se nourrit de Plutarque
et de Rousseau, et en restera imprégné toute sa vie. Ce qui aurait
dû le rendre plus sage...
1793, Toulon qui s'était livrée aux Anglais, vient d'être reprise par
le général Dugommier, en partie grâce à une action décisive du commandant
Buonaparte. On le propose alors au grade de général «à titre provisoire».
|
|
Dugommier
contresigne le décret des commissaires en y ajoutant de sa main cette
réflexion ironique: «Si on ne l'avançait pas, cet officier avancerait
tout seul.»
 |
Il épouse
civilement Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du vicomte de
Beauharnais en 1796.
Général
en chef de l'armée d'Italie, il bat successivement les Autrichiens
et les Sardes qui cèdent Nice et la Savoie à la France. Bonaparte
dicte, sans en référer au Directoire, ses conditions aux Autrichiens
par le traité de Campo-Formio (1797) qui, entre autres, cèdent
la Belgique à la France.
|
Le Directoire
l'éloigne en lui confiant le commandement de l'expédition d'Egypte. En
octobre 1799, il rentre en France, où les modérés lui confient le soin
de se débarrasser du Directoire. Il organise un coup d'Etat qui le porte
au pouvoir.
Le Consulat est établi; Bonaparte, premier consul s'arroge le rôle principal.
Il réorganise
l'administration, les finances, la justice, crée la Banque de France,
rouvre les églises, rend leurs droits civiques aux émigrés.
A l'issue
d'une seconde campagne d'Italie, il impose à l'Autriche la paix de Lunéville
(1801), qui rend à la France la maîtrise de l'Italie et de la rive gauche
du Rhin. Bonaparte conclut le Concordat avec Pie VII, le 15 juillet 1801,
ce qui lui rallie les catholiques.
Il promulgue le Code civil.
Il renforce son pouvoir en devenant, par plébiscite, consul à vie en 1802.
La même
année, il signe la paix d'Amiens avec l'Angleterre.
Il se fait plébisciter empereur des Français et se fait sacrer par le pape
Pie VII en 1804. Devenu Napoléon Ier, il établit une monarchie héréditaire
dotée d'une noblesse d'Empire et poursuit la réorganisation et la centralisation
de la France révolutionnaire.
Cependant
la guerre accapare une bonne partie de son règne. Après sa défaite à Trafalgar,
il bat les Austro-Russes à Austerlitz, réduit la Prusse à la moitié de
son territoire, ampute l'Autriche et s'allie avec la Russie.
L'empereur veut assurer l'avenir : il répudie Joséphine de Beauharnais
et épouse en 1810 Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine, avec qui l'année
suivante, il a un fils, le futur Napoléon II.
|
|
La campagne
de Russie, en 1812, fut désastreuse pour Napoléon. Pendant la campagne
suivante, celle d'Allemagne, en 1813, l'Empereur, après des victoires à Lutzen,
Bautzen et Dresde, connaît de nouveaux et terribles revers. Du 16 au 19
octobre 1813 se déroule entre les troupes alliées (prussiennes, russes,
autrichiennes et suédoises) et celles de Napoléon, la sanglante bataille
de Leipzig, dite aussi bataille des Nations. Très inférieurs en nombre,
trahis par les Saxons qui tournent vers eux les canons prêts à foudroyer
les Prussiens, les Français, malgré une résistance acharnée, perdent la
partie et, sous la pression de l'ennemi, sont contraints de battre en
retraite.
Dans
la foulée, au cours de la nuit du 31 décembre 1813 au 1er janvier 1814,
les Alliés entrent en France. Par les Vosges s'avance l'armée de Bohême
ou Grande Armée des Alliés commandée par le lieutenant-feld-maréchal autrichien
prince de Schwarzenberg.
Le tsar
Alexandre Il, l'empereur d'Autriche François 1er et le roi de Prusse Guillaume
IlI suivent les troupes de Schwarzenberg.
Par la Moselle et la Meuse progresse l'armée de Silésie placée sous les ordres
du vieux Blücher, prince de Wahlstaedt. Au sud, à la tête d'une armée anglo-hispano-portugaise,
Arthur Wellesley, duc de Wellington, franchit la Bidassoa, rivière qui sépare
la France de l'Espagne. A l'est, sous les généraux autrichiens, les comtes
de Bubna et de Bellegarde, une quatrième armée marche sur Lyon. Enfin, c'est
en traversant la Belgique que l'armée du Nord des Alliés va déferler sur la
France. Composée d'Allemands, de Russes, d'Anglais et de Suédois, cette cinquième
armée est forte de cent mille hommes; le commandement en a été attribué à Bernadotte,
cet ancien général de Napoléon devenu prince royal de Suède qui, dans quelques
années règnera sur ce pays sous le nom de Charles XIV ou Charles-Jean et dont
les descendant règnent toujours.
Quant à la
Belgique, dans ses mémoires, le général Baron de Marbot, commandant du
département de Jemappes en 1814, y décrit ainsi la situation :
« Cette
vaste et riche contrée, annexée à la France d'abord en fait par la guerre
en 1792, et puis en droit par le traité d'Amiens, s'était si bien habituée à cette
union, qu'après les désastres de la campagne de Russie, elle, avait
montré le plus grand zèle et fait d'énormes sacrifices pour aider l'Empereur à remettre
ses troupes sur un bon pied. Hommes, chevaux, équipement, habilement....
elle avait obtempéré à toutes les demandes sans murmurer ... Mais les
pertes que nous venions d'éprouver en Allemagne ayant découragé les
Belges, je trouvai l'esprit de cette population totalement changé. Elle
regrettait hautement le gouvernement paternel de la maison d'Autriche,
sous lequel elle avait longtemps vécu, et désirait vivement se séparer
de la France, dont les guerres continuelles ruinaient son commerce et
son industrie. En un mot, la Belgique n'attendait que l'occasion de
se révolter, ce qui eût été d'autant plus dangereux pour nous que, par
sa position topographique, cette province se trouvait sur les derrières
du faible corps d'armée que nous avions encore sur le Rhin. »
Le
20 janvier 1814 Liège est aux mains des alliés. Le 29 janvier, Charleroi,
qui n’est pas défendue par les français, est prise par une petite troupe
de cosaques, le 1er février ces mêmes cosaques entre dans Bruxelles
vidée de ses troupes.
Au fil
des combats d’offensives en contre offensives ce qui deviendra un jour
la Belgique est, peu à peu, entièrement conquise.
L’accueil
fait aux troupes alliées est digne de celui réservé à des libérateurs.
Pendant
que l’invasion de la France se poursuit, les alliés stabilisent leur collaboration.
Conclu
le 1er mars 1814 entre l’Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie,
le pacte de Chaumont engage pour 20 ans ces pays «à garantir solidairement
le maintien de la paix et à se prémunir en commun contre toute atteinte
que la France voudrait porter à l'ordre des choses résultant de cette
pacification. »
Dans
les faits, cet accord instaure une mise sous tutelle de la France.
Le
11 mars les alliés rentrent dans Paris à 11 heures et se réunissent chez
un Talleyrand, « celui qui a vendu tous ceux qui l'ont acheté »,
qui prêche pour les Bourbons: «Louis XVIII est un principe, c'est le
roi légitime.»
Le Tsar
Alexandre très hostile d'abord, puis contraint et encouragé par de fausses
manifestations en faveur du retour de Louis XVIII organisée par Talleyrand,
s'y résigne. Les souverains alliés signent une déclaration refusant toute
négociation avec Napoléon Bonaparte et avec sa famille, et invitant le
Sénat à nommer un gouvernement provisoire. Talleyrand en est le président.
 |
Etonnant
personnage que ce Talleyrand. Traître envers tous, mais fidèle à lui-même,
les français le surnommeront « Le diable boiteux » ;
les anglais diront de lui :
“No
other man was so well fitted for the task of maintaining the interests
of a defeated country. His rare diplomatic skill and supreme intellectual
endowments were to enable him to play a deciding part in the coming
congress.”
Quant à Talleyrand, il portera ce jugement sur lui-même
: «Quand je m'examine, je m'inquiète; quand je me compare,
je me rassure.»
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Napoléon
est à Fontainebleau, regroupant ses troupes. Il négocie avec le Tsar par
l'intermédiaire de Caulaincourt qui fait des allers-retours entre l'hôtel
particulier de Talleyrand et le Château de Fontainebleau.
Par
l'intermédiaire de Marie-Louise, Napoléon traite également avec son beau-père,
l'Empereur d'Autriche, qui est à Dijon. L'Impératrice, jeune femme de
26 ans, est régente de fait, et, escortée par les frères de l'Empereur
et le ministère, court sur les routes entre Rambouillet, Chartres, Vendôme,
Blois.
Le comte
Schouwaloff, aide de camp du tsar, et commissaire des alliés, rejoint
l'Impératrice à Blois et la conduit à Orléans sous bonne escorte. Les
frères, Joseph ex-roi d'Espagne, et Jérôme, ex-roi de Westphalie, passent
en Suisse. Les ministres s'évaporent en direction de Paris.
Au même moment, à Fontainebleau, c'est la défection des maréchaux.
Ils se rallient aux Bourbons...
A Corbeil-Essonnes,
les troupes du Maréchal Marmont, plus de 10.000 hommes, quittent leurs
positions, mettant Napoléon à découvert.
Séparé de sa femme et de son fils pour qu'il ne puisse pas abdiquer en sa faveur,
Napoléon est lâché par ses maréchaux.
Le 6 avril 1814, la France occupée, Napoléon abdique.
Pour éviter
des troubles, on lui négocie une sortie honorable.
Dans
le bureau de Talleyrand, devant une mappemonde, Alexandre, puisqu'il faut
un établissement hors de France, hors du continent, sur une Île, propose
la Corse.
Caulaincourt,
représentant de l’Empereur se récrie: «Mais la Corse fait partie intégrante
de la France !» Alexandre fait glisser son doigt sur la carte: «Alors
l'île d'Elbe ?»
Va pour
l'île d'Elbe. Napoléon aurait préféré la Corse, mais il sait que la Corse
n'aurait pas voulu de lui.
La Corse
entière a applaudi à la chute de l'Empereur et la foule d’Ajaccio en délire à jeté à la
mer le buste du «Bastardino».
Le séjour
du général Morand, gouverneur de l'île de 1803 à 1811, a laissé de mauvais
souvenirs.
Le traité de Fontainebleau accorde à Napoléon, l'île d'Elbe en pleine souveraineté,
avec maintien du titre d'Empereur, une rente annuelle de 2 millions du gouvernement
français, et le duché de Parme à Marie-Louise avec promesse de succession pour
leur fils.
Le 20 avril, ce sont les Adieux de Fontainebleau, image d'Epinal.
Napoléon
pour la dernière fois s'adresse à la Garde dans la cour d'honneur: «Dans
ces derniers temps, comme dans ceux de notre prospérité, vous n'avez cessé d'être
des modèles de fidélité et de bravoure. Avec des hommes tels que vous,
notre cause n'était pas perdue.»
Il embrasse
en pleurant le drapeau tenu par le général Petit, puis s'éloigne accompagné de
Bertrand, Drouot, Cambronne, de 600 hommes volontaires et des trois commissaires
des alliés chargés de l'escorter jusqu'à Fréjus.
 |
Pas
un de ses frères, pas une de ses sœurs ne sont présents. Ils se
sont envolés comme une nuée de moineaux, sans même saluer celui à qui
ils doivent tout.
La
toujours impératrice et régente de l’empire de France, Marie-Louise,
est à Orléans.
Metternich, chancelier d'Autriche, lui écrit pour lui confirmer l'attribution
du duché de Parme et que «le plus convenable serait qu'elle se rendît
momentanément en Autriche avec son enfant en attendant les arrangements.»
|
Il l'invite à rejoindre
son auguste père à Rambouillet.
Le porteur
du message Bausset, préfet du palais de Napoléon, pour aller à Orléans,
passe par Fontainebleau.
Il a
une longue conversation avec l'Empereur qui lui confie une lettre pour
sa femme lui demandant de le rejoindre à Briare d’où ils iront jusqu'à Parme.
Elle s’y reposera avec son fils pendant que lui-même ira à l’île d'Elbe
préparer tout pour la recevoir.
L’arrivée
des deux lettres met l'Impératrice dans l’obligation de choisir l’un ou
l’autre des camps. Celui de son père ou celui de son époux
Bausset,
qui prêche pour lui-même, met en avant les avantages à se rendre près
de son père François II, l'empereur d'Autriche, lui présenter son fils,
lui demander protection, recevoir ses conseils. Corvisart, le médecin,
préconise un séjour à Aix-Ies-bains pour se refaire une santé. La duchesse
de Montebello, dame de compagnie, épouse du maréchal Lannes, tué à la
bataille d'Essling en 1809, qui déteste Napoléon, et surtout ne veut pas
aller à l'île d'Elbe, pousse en ce sens.
Voilà tout
le monde sur la route de Rambouillet.
Marie-Louise en larmes, écrit un mot à l'Empereur pour le prévenir.
Le baron Méneval, fidèle secrétaire de Napoléon que ce dernier, connaissant
la faiblesse de la situation de sa femme a placé auprès d'elle, alerte son
maître qui aussitôt fait partir à marches forcées un détachement de la vieille
garde pour la ramener. Le général Pierre Cambronne le commande. La mission "officielle" est
dévolue au trésorier Peyrusse qui accompagne le groupe. Il a pour mission
de récupérer ce qui reste du trésor impérial, déjà bien dilapidé.
Mais Cambronne a pour mission réelle de rejoindre l'Impératrice et de l'escorter
jusqu'à Fontainebleau.
Trop
tard, quand il arrive à Orléans, Marie-louise est déjà à Rambouillet,
escortée par des Cosaques.
Malgré tout, Peyrusse récupère une partie de l'argent.
Cette séparation sera l’une des causes essentielles de la fuite de l'île d'Elbe.
Le sacrifice
accomplit par l'acte d'abdication est finalement de peu d'importance.
Napoléon, dit-on, ne rêve plus que d'un retour à l’anonymat.
L’île
d'Elbe, le duché de Parme voisin pour sa femme et son fils, et du temps
pour écrire son épopée: voilà une existence supportable à quarante-quatre
ans...
Ainsi, malgré la chute, l’essentiel semble préservé, Napoléon par pour Porto
Ferrajo avec l’espoir de retrouver sa Marie-Louise et surtout son petit Napoléon.
Il ne les a pas revus depuis le 25 Janvier 1814, date à laquelle il rejoignait
l'armée pour la Campagne de France.
Les
choses s’enchaînent alors rapidement. Le 3 mai 1814, La monarchie est
rétablie en France écartant
un peu plus le Roi de Rome, futur Napoléon II, du trône.
Le 30
mai 1814, le traité de Paris est signé.
La France
rentre ainsi dans les frontières qui étaient les siennes le 1er janvier
1792. D’un trait de plume, l’ère impériale vient d’être rayée des tablettes
de l’histoire mais l'essentiel des conquêtes de la révolution
restent acquises et l'on conserve les riches collections d'Art "empruntées" en
Italie.
"L'ère
impériale rayée d'un trait de plume", c’est du moins ce que
pensent les alliés.
Mais
le Roi Louis XVIII mis sur le trône après vingt deux ans d'ère
révolutionnaire et impériale, tremble.
Il a d’ailleurs toutes les raisons d’être inquiet.
|
|
L'armée
française a été neutralisée. Les cosaques
encerclent Paris, se sont installés dans la capitale, et ne semblent pas
prêts à repartir.
 |
La
situation semble totalement sous le contrôle des alliés, mais la
Grande-Bretagne n'est pas plus rassurée pour autant.
A Londres, on songe que l'exilé de la petite île italienne d’Elbe est
encore bien trop proche d'amis capables d'assurer son retour à Paris.
Si on l'envoyait finir ses jours dans l'Atlantique-sud, sur un rocher
solitaire exposé aux tempêtes, on se sentirait plus rassuré.
Napoléon
a eu vent de cette éventualité.
|
Non
contente d’avoir fait de lui le roitelet d’une île minuscule, la « Sainte
Alliance », telle qu’elle se définit elle-même, le prive de
plus du droit d’accueillir son fils et sa femme auprès de lui.
Il ne les reverra Jamais.
|
|
Humilié,
esseulé, informé des excès des "ultras" de l'entourage du Roi
qui pratiquent une épuration intensive, Napoléon sent une opportunité de
retour à l’avant-plan se dessiner.
Il compte
plus particulièrement sur le désir d'équilibre européen du tsar
Alexandre et de l'empereur d’Autriche, son beau-père, pour lesquels une
France trop faible et une Angleterre trop puissante risqueraient de déstabiliser
l’Europe.
S’il
lui sera difficile de les convaincre de sa bonne foi, il lui est possible
d’espérer leur indifférence à son éventuel retour en France.
Voici
ce que dit dans ses mémoires le général baron Thiébaut, ex officier de
Napoléon, de la situation en 1815.
« Dans
la position de Napoléon, ne pas profiter d'un mouvement favorable pour
se venger et pour reconquérir son trône, eut été contre sa nature. Comment
se serait-il cru lié par des traités violés au point que rien n'avait été soldé de
ce qui avait été garanti.
Alors qu'il était informé qu'on se préparait à l'arracher à l’île d'Elbe et à le
reléguer sur un rocher pestilentiel, où il posséderait à peine l'espace nécessaire
à sa tombe ?
Pousser
la résignation jusque-là eût été avilir jusqu'à son malheur.
Quant à songer à se défendre à Porté Ferrajo (Elbe), c'eut été de la folie.
Même lorsque le duc de Wellington, soutenu par M. de Talleyrand proposa de
transférer Napoléon, à Sainte-Hélène, et lorsque cette proposition trouva crédit
auprès des représentants au congrès de Vienne, Napoléon n'eut jamais l'absurde
pensée de s'y opposer par les armes.
Il savait bien que sur son caillou il n'aurait d'autre issue « que de se rendre
ou de sauter en l'air comme une grenade».
Il ne lui restait qu’une entreprise à former, et l'amour que lui conservaient
ses troupes, la ferveur avec laquelle son souvenir continuait à vivre dans
l'imagination des peuples, les fautes des Bourbons qui avaient exalté la colère
et la honte de l'armée, toutes ces raisons lui faisaient présager trop de chances
pour qu'il n'en courût pas une, alors qu'il avait le caractère de les courir
toutes. »
Car
d’autres événements jouent en sa faveur. A leur insu, les alliés travaillent à son
avantage.
Après
l’enthousiasme de la « Libération », l’omniprésence des troupes
d’occupation a fini par lasser. D’autant plus qu’une nouvelle carte de
cette Europe post-impériale semble avoir du mal à se dessiner. Pour ajouter
du flou à la situation, le congrès de Vienne qui devrait permettre de
régler ce problème n’est prévu qu’en septembre 1814.
Certaines
choses sont cependant déjà quasiment acquises par la signature du « Traité de
Paris » et d’autres accords.
Les
territoires belges autrefois conquis par la France révolutionnaire seront
distribués entre les vainqueurs.
Les
cantons de Dour, Beauraing, Gedinne, Florennes, Herbes-le-Château, Beaumont,
Chimay et le duché de Bouillon sont restitués à La France. Les territoires
situés sur la rive droite de la Meuse seront, jusqu’à nouvel ordre, administrés
par le général prussien von Sacken dont le quartier général se trouve à Aix-la-Chapelle.
 |
Les
autres régions seront rattachées à la Hollande sous la souveraineté de
Guillaume d'Orange, futur roi des Pays-Bas. Ce dernier recevra par
la même occasion le Grand-duché de Luxembourg à titre héréditaire.
On dépèce notre pays.
Dans l’attente des décisions du Congrès de Vienne qui entérinera ces
décisions, le duc de Saxe-Weimar et le général von Bülow installent en « Belgique » un
conseil administratif pour les territoires occupés.
|
Dès
lors souffle un vent de révolte. Même si certains partisans de l'ancien
régime espèrent restaurer la souveraineté autrichienne, les troupes d'occupation
commettent tant de pillages et de brigandages que la population regrette
l’époque impériale.
Comme
c’est l’habitude, les soldats sont nourris et logés aux frais des citoyens.
Aux
réquisitions succède donc la ruine des manufactures et de l'agriculture.
Partout,
c'est la consternation et la colère gronde. La population développe une
haine tenace envers les alliés et les autorités s'en rendent compte. Le
conseil administratif de «Belgique» essaye de calmer le jeu; mais les
généraux commandant les armées occupant les territoires ne reconnaissent
pas les ordres de ce «gouvernement».
Von Bülow se conduit en brigand dans l'ancien département de la Lys, les Russes
font de même dans l'ancien département de Sambre et Meuse.
Alors
que tout le pays est sous le contrôle des troupes d'occupation, ces dernières
tentent pourtant de recruter chez nous des troupes auxiliaires pour poursuivre
la lutte en France. Dès février 1814, une « légion belge » est
créée sous le commandement d'un Autrichien, le lieutenant général comte
de Murray.
Cette
légion, composée de volontaires, rencontre peu de succès. La plupart des
volontaires s'engagent pour toucher une prime, ensuite, ils désertent.
La principale zone de recrutement sera flamande.
Les
choses se compliquent encore lorsqu’en mai 1814, Louis XVIII, ramené sur
le trône de France, congédie comme étrangers des milliers de combattants
de l'Empire. Neuf mille grognards «belges» regagnent leur sol natal. Ces
vétérans, suivant l'intendant de Jemappes M. de la Motte, rentrent au
pays en uniforme et en armes. Ils sont pauvres, mais considèrent Napoléon
comme leur demi-dieu. Le chargé d'affaire d'Autriche Provost s'inquiète
d’ailleurs de voir augmenter considérablement le nombre de partisans du
parti français en « Belgique ».
La
situation réclame des décisions rapides.
Le 21
juin 1814, un accord secret composé de huit articles règle définitivement
les modalités de l'annexion des provinces belges à la Hollande sous réserve
de l'approbation du Congrès de Vienne qui réunira tous les pays d'Europe,
sauf la Turquie.
Le
11 août 1814, Guillaume d'Orange, qui attend toujours de se voir proclamé «Roi
des Pays-Bas», se voit provisoirement confier le gouvernement de la Belgique.
Il doit tenir compte de la situation délicate qui règne sur le territoire belge
où le mécontentement des populations occupées se double d’une opposition entre
les troupes alliées et les troupes dites « belges ».
|
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Des échauffourées
ont lieu.
A Namur, militaires «belges» et «néerlandais» sont en perpétuelle bagarre,
on en vient aux mains à Tournai.
A Bruxelles, les militaires belges casernés à l'orphelinat Sainte-Gudule
braquent deux canons sur les Prussiens.
|
|
Conscient
du problème, Guillaume d'Orange gère avec intelligence cette crise.
Il a noté les rentrées au pays d'un certain nombre d'officiers congédiés par
Louis XVIII.
Il confie
donc à deux officiers, formés à l'école napoléonienne, la réorganisation
de l'armée néerlandaise. Il s'agit des lieutenants généraux Janssens (ministre
de la guerre sous Louis XVI) et Tindal (qui fut adjudant général des chasseurs à pied
de la Garde Impériale). L'administration militaire de la Belgique est
confiée au général Tindal.
Sa sympathie pour les anciens du 1er Empire n'est un secret pour personne.
Wellington fera connaître son opposition à ces nominations vu l'attachement
de ces généraux aux idées révolutionnaires françaises.
Fidèles à l’engagement pris, ils tenteront de créer des forces valables.
La légion
belge, qui ne rencontrait d’ailleurs aucun succès, est dissoute.
La réunion
de la Belgique à la Hollande est entérinée le 18 février 1815 au Congrès
de Vienne
Toujours
en février 1815, les unités dites belges sont truffées d'Allemands et
de Hollandais. Le vocable belge est supprimé dans les textes officiels
pour être remplacé par celui de Néerlandais du Sud (Zuid-Nederlanders).
La langue hollandaise est imposée et remplace le français.
L'expression «hollando-belge» est donc impropre puisqu'il n'y aura aux Quatre-Bras
et à Waterloo que des unités néerlandaises commandées en néerlandais.
A ce
moment, les citoyens des Pays-Bas méridionaux et de l'ancienne principauté de
Liège, civils ou militaires, ne savent toujours pas quelle sera leur nationalité.
C’est là l’un des points qui empêchent de conclure le congrès de Vienne maintenant
ouvert depuis septembre 1814.
Les prétentions de la Prusse sur ces territoires s'affirment.
Son armée occupe Liège, Namur et toute la rive droite de la Meuse.
Elles y resteront Jusqu'au 12 mai 1815.
Contrarié dans
son rêve bourgeois, trahi par son épouse, qui se console dans les bras
d’un hussard borgne, menacé d’enlèvement. Napoléon n’a plus le temps de
temporiser, il n’est que temps d’agir car la dissolution du Congrès et
la dispersion des souverains qu’il espérait ne vient pas.
Une
seule chose semble certaine : dès que Napoléon aura reparu sur le
continent, une nouvelle coalition sera aussitôt formée, et toutes les
armées d’Europe envahiront la France.
Le 25
février 1815 ; Napoléon disparaît pourtant d’Elbe accompagné de 1028
hommes, quatre pièces de campagne et cinq chevaux, au rang desquels Tauris,
le cheval de l’empereur, cadeau du tsar Alexandre.
L’épopée
des cent jours, la plus belle, la plus mystique, commence ici.
Vers
la suite ICI.
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