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9ème partie, l’entrée en campagne

1ère partie : de sa naissance au 100 jours
2ème partie : le retour de l’aigle
3ème Napoléon, Empereur des Français
4ème partie, de lourds nuages
5ème partie, la situation belge au printemps 1815
6ème partie, l’acte d’allégeance

7ème partie, ouverture de la campagne
8ème partie, l’armée française de juin 1815


10ème partie, « la marche de l’Empereur »
11ème partie, après-midi du 15 juin
12ème partie, le 15 juin au soir
13ème partie, la matinée du 16 juin
14ème partie, avant le combat
15ème partie, la bataille

16ème partie, le charnier

 

Nous nous sommes inspiré dans le récit qui suit du travail réalisé dans
"La route Napoléon 1815".
Ainsi,
les heures sont exprimées à l’heure locale de l'époque.
Cette heure diffère de la nôtre.
Pour être précis, si vous découvrez ce texte alors que nous sommes à «l'heure d'été»,
il vous faudra retirer deux heures pour deviner la clarté en 1815;
si c'est « l'heure d'hiver », une heure suffira.


L'ordre de mouvement donné est complexe et minutieusement minuté.

Le 15 juin les unités lèveront le camp pour foncer en direction de Charleroi et franchir la Sambre dans et à proximité de cette ville.

Cinq ponts sont gardés dans ce secteur : Charleroi, Marchienne, l'Abbaye d'Aulne, Thuin et Lobbes. Les trois derniers ne sont pas intéressants au point de vue tactique car ils ne débouchent pas sur des routes principales et le relief est trop important, aussi bien rive gauche que rive droite, pour rendre tout passage d'artillerie et du Train facile et rentable. Cela coûterait trop cher en chevaux (seul moyen de traction de l’époque) et la France en est déjà pauvre.

Les ponts de Marchienne et de Charleroi sont donc tout désignés. Il en faut un troisième et ce sera celui de Châtelet, légèrement plus lointain mais en principe, et de manière surprenante, non défendu. Le départ est prévu à 3 heures, les ponts devant être pris vers 9 h.

L'armée impériale se déplacera par trois itinéraires avec, chaque fois, deux échelons :

Au 1er  échelon, à gauche, se trouve le 2ème Corps de Reille, il s’avance par Solre-sur-Sambre, Thuin, Marchienne.
Au centre, le 3ème Corps de Vandamme, précédé des cavaliers de Domon et Pajol, passe par Beaumont, Ham-sur-Heure, Charleroi.
A droite, le 4ème Corps de Gérard suit un itinéraire  par Florennes, Gerpinnes, Châtelet  et Charleroi.

Suivant ces troupes, on découvre le 2ème échelon avec à gauche le 1er Corps d’Erlon dont l'ordre de mission ne spécifie pas s’il doit passer la Sambre à Marchienne ou à Charleroi, au centre, la Garde,  le 6ème corps de Lobau et à droite la réserve de cavalerie de Grouchy (14ème division de cavalerie du général Delort) .

Le plan de l’empereur est brillant. Il préfigure le concept de Blitzkrieg, la guerre éclair.
125 ans plus tard, en mai 1940, les allemands réinventeront cette technique, en l’adaptant à l’armement moderne, … pour une autre invasion de la Belgique.

« Jamais aux heures fortunées d'Austerlitz et de Friedland, Napoléon n'avait dicté un dispositif de marche plus étudié ni mieux conçu. Jamais son génie n'avait été plus lucide, jamais il n'avait mieux montré son application au détail, ses larges vues sur l'ensemble, sa clarté et sa maîtrise de la guerre. » Henry Houssaye. 1815, Waterloo

En fait il s’adapte simplement aux moyens qui sont les siens.

Il part du principe que ceux-ci étant plus faibles, ils doivent logiquement être mieux utilisés.

Face aux français,
au mois de juin, quatre corps d'armée prussiens, 118.000 hommes environ, s'étendent sur un large front. Le 1er, sous les ordres du général von Zieten, occupent Thuin, Fontaine-Lévèque, Marchienne, Charleroi, Moustiers, Gosselies, Fleurus, Sombreffe et Gembloux.
Le 2ème, Pirch I, est à Namur, Héron, Tourinnes, Hannut. Le 3ème, Thielmann, est à Ciney, Dinant, Huy. Le 4ème, Bulow, est à Liège et à Tongres.

Les troupes anglaises, augmentées des Zuid-Neerlanders, de la Légion allemande, des Brunswickois, des Hanovriens et des Nassauviens, campent sur la rive gauche de l'Escaut, jusqu'à l'ouest de la route de Bruxelles à Charleroi. Au total, près de 93.000 hommes. C'est Wellington qui est à leur tête. Blücher commande les Prussiens.  


C’est au 1er Corps d'Armée, dont l'Etat-Major est cantonné à Charleroi sous le commandement de von Zieten, que Napoléon va donc devoir faire face en premier.
En théorie, cette unité, largement dispersée, n’a pas le pouvoir de stopper l’avancée française.


Tout au plus peut-elle opposer une brigade de plus ou moins 1600 hommes, la 1ère, sous les ordres de von Steinmetz, qui a son Quartier Général à Fontaine-l'Evêque et une seconde, de force équivalente, la 2ème Brigade de von Pirch II qui a son Quartier Général à Marchienne-au-Pont.
Toutefois, cette grande unité contrôle les passages de la Sambre visés par Napoléon et peut donc le retarder.



Qui plus est, Blücher, qui connaît bien la tactique napoléonienne pour avoir déjà affronté avec succès l’homme en 1814, a prévu un ordre de repli et de regroupement  extrêmement précis qui place Fleurus au centre de son dispositif.

Alors que les trois colonnes de l'armée française débutent leur marche en avant, le lieu de concentration de l’offensive est toujours inconnu de Wellington. C’est l'une des plus belles opérations de désinformation stratégique de Napoléon.

Les avant-postes prussiens ne sont qu'à une douzaine de kilomètres des avant-gardes françaises.

Le 15 juin, les premiers Bivouacs sont levés dès 2 h 30 du matin.

Dès 3 heures et demie, le 2ème Corps (Reille) a quitté Leers-et-Fosteau.

Les tirailleurs français attaquent les avant-postes de Pirch Il et les refoulent sur Lobbes, Thuin et Ham-sur-Heure.

Dans ce dernier village,  les Chasseurs à cheval de Domon éjectent les éléments du 28ème Prussiens.

L’ennemi se replie alors sur Marchienne-au-Pont.

A Montignies-le-Tilleul, deux escadrons prussiens sont presque anéantis. Enveloppé par un escadron des chasseurs-lanciers du général Piré, dit Zéphir Piérart, le 2ème bataillon de landwehr westphalienne, composé d'étudiants qui ont voué une haine tenace à Napoléon, est pris en entier. Ces étudiants parviendront à reprendre leurs armes mais finiront par être massacrés jusqu'au dernier.

Parallèlement à cette action, le 21ème Léger du colonel Maigrot s'empare de l'abbaye d'Aulne et de Lobbes.

Bachelu fonce vers Montigny-le-Tilleul en occupant l'un après l'autre les huit ponts en amont de Marchienne-au-Pont.

Vers 10 heures du matin, l'avant-garde française arrive face à Marchienne. Venant de Montignies-le-Tilleul, les lanciers de Piré, toutes ses trompettes sonnantes, déboule au lieu-dit «Spigniat». Aussitôt, accourue de tous côtés, l'infanterie prussienne se forme précipitamment en carrés. Chargé plusieurs fois par les Français, l'ennemi laisse de nombreux morts sur le terrain et se replie.
Attaquant le reste du bataillon prussien à la baïonnette, le 2ème Léger dégage le pont. 

Bien que bousculée, l’armée prussienne résiste âprement mais à midi Marchienne est occupée.


Avant de disparaître, un Prussien, dit Pierre-Antoine Masset, grimpe sur un tas de décombres et fait un pied de nez aux Français.

A peine les vainqueurs sont-ils entrés dans Marchienne, raconte le même auteur, qu'une femme parcourt les lieux du combat, dévalise les blessés et déshabille les morts. Une quinzaine de jeunes gaillards se débarrassent de leurs vêtements et s'affublent d'uniformes enlevés aux cadavres prussiens dont ils prennent les armes. Arrêtés peu après par des Français coiffés du bonnet (des grenadiers) à poils ils sont contraints d'abandonner tout ce qu'ils ont pris. En guise de punition, les bonnets à poils leur administrent « quelques soufflets ».

Le 2ème corps de Reille a rempli sa mission mais le 1er Corps de Drouet d'Erlon qui le suivait, parti de Solre-sur-Sambre, ne franchira la Sambre qu'avec plusieurs heures de retard.

Ayant atteint un premier objectif, en bon Général sachant s'adapter au terrain, Reille ne perd pas de temps.

Il pousse ses troupes en avant vers Jumet et Gosselies à la poursuite de Steinmetz qui a abandonné la rive gauche de la Sambre pour se replier vers Fleurus.

La progression du 3eme corps, fer de lance du centre, si elle a été moins contrariée par les combats n’en a pas été plus rapide pour autant.

A Beaumont le général Vandamme qui était arrivé le premier, a du céder la place au 6ème corps de Lobau et à la garde impériale.

Vandamme, dont la bravoure mais aussi le mauvais caractère sont célèbres, est rejeté à Strée sans que personne en semble informé.

Sans doute faut-il voir là la raison pour laquelle, l’ordre lui ordonnant d’ouvrir la marche le 15 juin dès 3 h ne lui parviendra pas.

Ainsi, lorsque Lobau  parti de Beaumont dès 4 h se présente à Strée, il trouve Vandamme endormi.  Celui-ci ne peut partir qu’à 6 h, désorganisant la colonne et obligeant Napoléon à revoir son ordre de marche.

Seule capable de réagir rapidement, la cavalerie de Pajol avancera donc seule jusque Charleroi.

Aux approches de la ville, des bataillons ennemis, formés en carrés, opposent une vive résistance. Il faut plusieurs charges pour en venir à bout, le combat est meurtrier. Une partie des Prussiens se rend mais les autres reculent et parviennent à passer le pont de Charleroi derrière lequel ils se retranchent.

C’est dans les délais définis par l’Empereur, soit à 8 h, que le lieutenant-général Pajol arrive à Marcinelle. Il est à la tête de 1328 hussards du 1er corps de cavalerie (composé des 1ère et 21ème brigades).

A l'époque, Marcinelle est relié à Charleroi par une digue d'environ 300 mètres bordée de haies, traversant des marécages. Elle conduit à une place - celle de la Ville Basse - par laquelle on accède à l'unique pont sur la Sambre, qui coule à l'emplacement de l'actuel boulevard Tirou.

Le pont se trouvait dans l’exact prolongement de la rue de la Montagne.

Ce pont construit en pierre, long d'une trentaine de mètres et large de 8, entre des parapets en bois est défendu par les Prussiens de Zieten, retranchés dans les maisons.


Bloqué sur la rive droite, Pajol est accueilli par un feu nourri, une charge du 1er hussards tente, mais en vain, de s'emparer de l'ouvrage.


Pajol piétine puis décide, prudent, d'attendre un renfort d'infanterie.

Vers 11 h , apparaissent enfin les renforts attendus… mais ils ne sont pas du 3ème corps.

Suite au retard des troupes de Vandamme, ce sont les sapeurs et marins de la garde du général Rogniat et la jeune garde du général Duhesme qui se présentent devant la ville accompagnés de l’Empereur.

Alors qu’elle est parvenue aux portes de la ville, l’armée impériale semble marquer une hésitation.

La forteresse impressionne-t-elle les assaillants. L’Empereur en profite-t-il pour faire le point ou réorganiser ses troupes ?

Personne ne sait mais une heure trente passe.

Brusquement, avant que les prussiens n’aient le temps de le détruire, sapeurs et marins montent à l’assaut. A coups de hache, ils enfoncent les barricades dressées sur le pont  et les jettent dans la Sambre. Prolongeant leur mouvement, ils s’attaquent aux portes de la ville haute et les font sauter.

La forteresse de Charleroi est prise et la voie ouverte, l'Empereur lance la cavalerie de Pajol qui, au grand trot, gravit la rue de la Montagne et fonce sur Gilly, à la poursuite des Prussiens de la brigade Pirch II.


Le pont de la Sambre libéré, Napoléon devançant ses troupes, empruntant la même route que les cavaliers de Pajol,  monte par l'actuelle rue de la Montagne, traverse la place de la Ville Haute, s'engage dans la rue Neuve et  s'arrête avec son Etat-Major dans une guinguette, le cabaret de Belle-Vue, qui se situait à proximité de l’actuelle Université du Travail. On lui apporte une chaise sur laquelle il s'installe, alors que la jeune Garde défile devant lui. Au bout des baïonnettes s'agitent les bonnets à poils et les shakos. Les officiers brandissent leur sabre. L'enthousiasme, écrit Henry Houssaye, tenait de « la frénésie ; des soldats sortaient des rangs pour embrasser le cheval de leur empereur ».

Mais ni les « Hourra! », ni les « Vive I'Empereur » n’empêchent ce dernier de s'assoupir, ce qui vaudra à la Belle-Vue de se voir affublée du surnom d’ « Auberge de la Somnolence».

« L'Empereur arrive vers 11 heures. La cavalerie refoule les Prussiens qui, de Charleroi, battent en retraite sur Fleurus. Napoléon traverse la ville, allant vers les hauteurs où il s'arrête à la guinguette portant l'enseigne A la belle-vue, il s'y assied en plein air et, tandis que les troupes défilent en l'acclamant, il dort pendant quelques instants. » Lieutenant-colonel de Baudus, Etudes sur Napoléon.

Satisfait de l’avance de ses troupes, Napoléon redescend déjeuner chez feu le maître de forges Ferdinand Puissant qui s'est fait construire, cinq ans plus tôt, une belle demeure dans le style empire, entourée d'un parc et d'un grillage. (Le château sera vendu en 1871 à la Banque Nationale de Belgique et démoli en 1912).

C'est chez ce notable de la Ville Basse tué au service de l’empereur que le général prussien Zieten, commandant le  corps d'armée qui défendait Charleroi, avait établi son quartier général. Il en était parti quelques heures plus tôt.

Vers la suite ICI.

 

 

Le 11 février, le Conseil communal de la Ville de Fleurus a donné le signal de départ d'un projet de grande envergure intitulé:

"DANS LES PLAINES DE FLEURUS..."

Celui-ci a pour objectif de créer une exposition spectacle qui ouvrira ses portes dans le cadre du bicentenaire de la bataille du 16 juin 1815, dernière victoire de Napoléon 1er, deux jours avant Waterloo.

Découvrez le projet dans son ensemble ainsi que les descriptifs des 4 premières oeuvres originales.

 

Concept et design
L. Fauville

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